#ChallengeAZ ChallengeAZ 2022

Prisonnier

Mon ChallengeAZ 2022 a pour fil conducteur Louis Camille Jean, mort pour la France en 1915, dont j’ai trouvé le diplôme d’honneur lui rendant hommage (voir Des ampoules mais pas que!). Il rend compte des informations le concernant que j’ai trouvées ici et là. J’espère ainsi faire sortir Louis Camille de l’oubli et qu’il revive dans les mémoires.

Lors de la deuxième Conférence internationale de la Paix de la Haye, 44 pays ont signé le 18 octobre 1907 la convention définissant, entre autres, la responsabilité des Etats vis-à-vis de leurs prisonniers de guerre. Les différents articles indiquaient leurs droits mais aussi le mode d’internement, la discipline, le travail, la solde, le courrier… Pendant la Grande Guerre, le sort des prisonniers a donc été régi par cette convention. Il y en a eu environ 7 millions dont plus de 500 000 français. Parmi eux, Edmond Marius Etienne, un des grands frères de Louis Camille.

Extrait de la fiche matricule de Edmond Marius Etienne Jean – Archives départementales de l’Hérault

Edmond Marius Etienne est né le 20 octobre 1877 aux Embruscalles. Après son recensement en 1897, il est déclaré apte pour le service et doit se diriger vers le 4e régiment de zouaves. Ce régiment est stationné en Tunisie, qui est un protectorat français depuis 1881. Edmond arrive à Tunis le 23 novembre 1898 et y reste 3 ans, le temps de son service. A sa démobilisation en octobre 1901, il rentre à Claret et retrouve ses parents ainsi que ses 3 frères.

Zouaves du 4e régiment, caserne Saussier à Tunis – Delacampe

Le 2 juillet 1907, c’est la noce. Edmond épouse Lucie Basilide Caroline Volle, une jeune femme de Corconne, un village du Gard proche de Claret. Ils s’y installent et ont 2 enfants, Noèle et Edmond, nés respectivement en 1908 et 1913. Peu de temps après la déclaration de la guerre, le 23 septembre 1914, il est affecté au 3e régiment d’infanterie et il se retrouve au front 3 jours plus tard.

Extrait de la fiche matricule de Edmond Marius Etienne Jean – Archives départementales de l’Hérault

Au début de l’année 1916, le 3e RI est dans la Meuse et est positionné aux alentours de Vauquois et du bois de Malancourt. Il va ainsi participer à la bataille de Verdun. Le 20 mars 1916, le régiment a l’ordre d’attaquer la lisière est du bois de Malancourt qui est en totalité occupé par les allemands. L’histoire va alors se répéter! Tout comme son petit frère Louis Camille, Edmond va être porté disparu ce jour-là.

Combat du bois de Malancourt – Sur les traces des « Midis » du XVe Corps
J.M.O Journée du 20 mars 1916 – Mémoire des Hommes

Mais cette répétition s’arrête là. En effet, Edmond a été fait prisonnier. Il est alors emprisonné au camp de Darmstadt, dans la Hesse, au centre-ouest de l’Allemagne. Puis, le 7 avril 1916, il est transféré vers le camp de Heuberg, situé dans le Grand-Duché de Bade, près de la frontière austro-hongroise. Dans l’édition du 28 août 1916 de la Gazette des Ardennes, journal des pays occupés, est parue la liste N° 216 des prisonniers faits dans le région de Verdun. Edmond figure dans celle-ci confirmant ainsi son statut de prisonnier de guerre.

Carte des camps de prisonniers français en Allemagne – L’encrier du poilu
Liste des prisonniers évacués vers Heuberg le 7 avril 1916 -CICR

Le 17 octobre 1914, le ministère de la Guerre allemand ordonne la construction d’un camp de prisonniers d’Heuberg. Celui-ci doit pouvoir accueillir jusqu’à 3000 prisonniers. Au bout du compte, il y en a 15 000 fin 1917, dont environ 5 000 Français. Le camp est divisé en 10 sections dont chacune comporte 10 à 15 baraques en bois pouvant accueillir de 100 à 150 prisonniers. Les différentes sections comprennent aussi une cuisine, des sanitaires, une bibliothèque, un hôpital et même une salle de loisirs! Durant leur emprisonnement, les prisonniers sont affectés à des travaux de construction et à des tâches agricoles. Ils sont aussi amenés à remplacer les Allemands partis au front participant ainsi à l’effort de guerre industriel.

Camp de Heuberg en 1916 – 3e Régiment de Dragons
L’arrivée des prisonniers à Heuberg – Histoires de poilus

Un mois après la signature de l’armistice, Edmond est rapatrié puis démobilisé le 7 février 1919, soit pratiquement 3 ans après avoir été fait prisonnier. Il peut enfin rentrer à Corconne et retrouver Lucie, Noèle et Edmond. Paule vient agrandir la famille fin 1919. La suite se passe dans son petit village gardois où Edmond va s’éteindre âgé de 92 ans.


Sources & crédits
Histoires de poilus – Des prisonniers français, peut-être à Schneidemühl
Chemins de mémoire – Les prisonniers français 1914-1918
Gallica – Deuxième conférence internationale de la paix 1907
Archives départementales de l’Hérault – 1 R 1106 Lodève – Montpellier – Saint-Affrique. Matricules 501 à 1000 Vue 6/445
Delcampe – Carte photo militaria groupe 4 è regiment Zouaves Caserne Saussier Tunis (archives Louys Bataille Doubs Tunisie)
Sur les traces des « Midis » du XVe Corps – 20 mars 1916 – 111e R.I. au bois de Malancourt
Mémoire des Hommes – 26 N 572/10 Journal des marches et opérations du 3e RI 13 octobre 1915-31 décembre 1916
Gallica – Historique du 3e régiment d’infanterie
L’encrier du poilu – Carte des camps de prisonniers français en Allemagne
CICR – 1914-1918 Prisonniers de la Première Guerre Mondiale Document P38527
3e Régiment de Dragons – Le camp de prisonniers du Heuberg
Histoires de poilus – Le camp de prisonniers de Heuberg

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